Actualités de la psychiatrie

Actualités de la psychiatrie

 

Tout va tellement vite aujourd'hui qu'il est difficile de s'arrêter pour essayer de penser, un petit peu. A serpsy, version paca, une petite souris s'agite dans l'ombre pour nous informer presque en temps réel de ce qui se trame et se fabrique dans le champ de la réalité qui est le nôtre. Nous le plaisantons souvent là-dessus : "Tu nous envoies tellement d'infos qu'on n'a pas le temps de les lire." Comme le disait ma grand-mère : "Faut pas gâcher". Vous trouverez dans cet espace quelques commentaires issus des trouvailles de notre petite souris. Olivier serait ravi que vous y mettiez votre grain de sel.

A vous de jouer ! 

« On ne tue pas une légende … »

« On ne tue pas une légende … »

 

« Ben Laden n’est pas mort, pas vraiment. De toute façon son combat continue et continuera. » Lorsque je rencontre Karim au Centre de Santé Mentale, ce mardi 2 mai, je n’entends pas ses propos comme je les entends habituellement. Bien sûr, le chef d’Al Qaïda, lui permet de donner une forme à ses angoisses, à sa persécution. La suite de ses propos ne sera d’ailleurs guère différente du monologue rituel qu’il administre à qui prend le temps d’être là. Il faut en passer par là avant de pouvoir parler, un peu. Karim me donne à entendre que Ben Laden est un mythe, une légende qu’aucune balle de pistolet ne tuera jamais. Il a sa place dans l’inconscient collectif auprès de Spartacus, Robin des Bois, Cartouche, Louis XVII, Napoléon, Ravachole ou Che Guevara. Incarnation du mal pour ceux qui se réjouissent de son exécution, libérateur pour ceux qui ont vu se lever un peu d’espoir à travers les actes qu’il a commandités, il est devenu un être imaginaire auquel on peut s’identifier. Les hôpitaux psychiatriques vont certainement accueillir de nombreux avatars de Ben Laden (qui a forcément réussi à échapper à la CIA qui a fait croire à sa mort) et tout autant de descendants secrets prêts à poursuivre son combat sur un mode délirant.

La rétrospective consacrée à Stanley Kubrick m’a permis de revoir le film « Spartacus » dans lequel Kirk Douglas jouait le rôle principal. Pour les Romains de l’époque, le gladiateur était une sorte de Ben Laden. Rome dominait le monde. Les esclaves qui devaient assumer toutes les tâches que les Romains refusaient d’accomplir constituaient le talon d’Achille de la cité. Les esclaves révoltés, sous le commandement de Spartacus, constituèrent une armée qui compta jusqu’à 120 000 fantassins. Ils remportèrent de nombreuses victoires avant que Crassus (interprété par Laurence Olivier), le consul romain, ne les mette en pièces. L’histoire dit que Spartacus fut blessé à la cuisse et qu’on ne retrouva jamais son corps. Les esclaves furent exterminés, à l’exception de 6000 d’entre eux qui furent crucifiés le long de la route menant de Capoue à Rome. Crassus se souciait déjà d’image.

La fin du film de Kubrick est entièrement consacrée à la destinée post-mortem de Spartacus. Crassus, le vainqueur, a peur d’un Spartacus mort. Il craint que celui-ci, devenu un héros légendaire, ne continue à inspirer les esclaves et à susciter d’autres révoltes. Il fait appel à Lentulus Batiatus (interprété par Peter Ustinov), le marchand d’esclave qui a, autrefois, acheté Spartacus pour le reconnaître sur le champ de bataille (Il n’existe évidemment pas de photos de Spartacus). En vain. Crassus achète alors Varinia (Jean Simmons), la compagne du gladiateur et son bébé. Il a dans l’idée de faire savoir urbi et orbi que la femme et le fils de Spartacus sont esclaves, signifiant ainsi qu’il ne sert à rien de se révolter lorsque l’on est esclave. Sa stratégie fait long feu, Varinia et son fils s’enfuyant grâce à l’aide de Lentulus et de Gracchus (Charles Laughton), le tribun de la plèbe. Crassus s’avère finalement impuissant à empêcher Spartacus d’être plus grand mort que vivant.

Il semble que les Américains se soient posé les mêmes questions que Crassus. Avec aussi peu de résultats ? Si tout l’assaut a été filmé, les photos en dehors d’un grossier montage ne seront pas montrées. Le corps de Ben Laden a été inhumé en pleine mer. Il a disparu comme le cadavre d’un marin perdu en mer, comme ceux des victimes du crash de l’avion Rio-Paris dont certaines familles demandent qu’ils soient remontés afin qu’ils soient enterrés et que les familles puissent faire leur deuil. Quand on est marin, la mort en mer fait partie des risques et des grandeurs du métier. Elle est inscrite. Quand on est terroriste, on n’est pas destiné à s’anéantir en mer. En faisant disparaître, Ben Laden, figure du mal, on lâche le mal dans le monde. Les hauts dignitaires nazis qui ont fait infiniment pire que Ben Laden ont bénéficié d’un procès et d’une tombe lorsqu’ils sont morts. Les rituels symboliques ont été respectés. La prise en charge des funérailles de l’adversaire, le fait de permettre aux ennemis d’hier d’organiser les rituels d’inhumation met une fin à la violence, elle constitue une possibilité de paix. Elle caractérise l’humain. Lorsqu’Achille, après avoir combattu Hector et l’avoir tué, lorsqu’il humilie sa dépouille, lorsqu’il refuse de rendre son corps, les dieux eux-mêmes sont révoltés. Achille devra rendre le corps. 

En supprimant les rituels symboliques, on quitte l’humanité pour entrer dans la barbarie. Les Américains se sont montrés, en cette occurrence, moins humains que celui qu’ils combattaient. On fait de cette mort un acte purement imaginaire qui ne peut être symbolisé.  

Ben Laden a été effacé physiquement comme l’a été Spartacus. Une légende n’a pas besoin de corps pour naître. Pire, le celte en moi, a la conviction que l’esprit de Ben Laden va continuer à errer dans les limbes. Il va continuer à hanter les Américains, encore et encore. Il est des victoires qui sont des défaites. Dans ce tour de passe-passe, Karim a raison, Ben Laden devient immortel ce qui montre que Karim, tout délirant qu’il soit, n’est pas si fou que ça.     

 

 

D.F.

 

 

Loi sur les objets de soin

Loi sur les objets de soins

 

La discussion en deuxième lecture du projet de loi sur les patients objet de soins n'aura duré que trois heures. C'est beaucoup pour une loi qui va modifier les conditions d'accueil et de soin pour des dizaines de milliers de personnes. Quand on pense que les débats occasionnés par la loi de 1838 avaient duré trois mois. Il est vrai que la loi sera restée en vigueur quelques cent cinquante deux ans. En ce temps-là, les lois n'étaient pas des lois de circonstances ni des lois minutes, obsolètes avant d'être votées. 

Cette loi sur les patients objets de soin est une loi idéologique. Pas sécuritaire mais idéologique. Qui a lu Foucault sait ce qu'il convient d'en penser. Qui travaille en psychiatrie peut voir entre les lignes à quelles représentations archäiques de la folie elle renvoie. Il sera toujours temps, après coup, d'en dénoncer les effets pervers. Les différents acteurs mobilisés contre auront alors beau jeu de dire qu'ils l'avaient annoncé. Une loi idéologique ne se soucie pas du bon sens, ni des arguments des professionnels. Une loi idéologique repose sur des idées, sur des représentations mentales pas sur la réalité.

L'imaginaire a ses raisons que la raison de connaît pas.

 

D.F.

Les socialistes pas mieux !

Les soignants votent aussi et ils sont plus nombreux que les psychiatres

 

Les sénateurs ont entériné la composition du collège psychiatres-soignant qui sera chargé de statuer sur les patients en soins sans consentement jugés à risque malgré l'opposition des psychiatres.

"Le collège, convoqué par le directeur de l'hôpital, est chargé de donner un avis sur les décisions relatives aux soins concernant les patients ayant été hospitalisés en unité pour malades difficiles (UMD) et ceux en soins psychiatriques sur décision de justice après une déclaration d'irresponsabilité pénale.
Le collège sera également consulté par le préfet quand il envisage une prise en charge ambulatoire sans consentement pour un patient en soins sur décision du représentant de l'Etat (nouvelle dénomination de l'hospitalisation d'office ou HO)."

Les sénateurs ont maintenu la version votée par les députés avec un collège comprenant un psychiatre participant à la prise en charge du patient, un psychiatre n'y participant pas et "un représentant de l'équipe soignante participant à la prise en charge du patient".

Les radicaux-socialistes et les socialistes ont proposé de le supprimer ou, à défaut, de remplacer le membre de l'équipe soignante par un psychiatre n'appartenant pas à l'établissement, "choisi par le patient ou son entourage ou son avocat". Les centristes ont proposé une solution proche avec un médecin désigné conjointement par le directeur de l'établissement et le président de la commission médicale d'établissement (CME), en précisant que la proposition était issue de la concertation avec des professionnels.

La secrétaire d'Etat à la santé, Nora Berra, a refusé ces solutions en soulignant que le collège devait compter "un non-médecin, pour apporter un regard complémentaire".

C'est toujours aussi douloureux d'être d'accord avec la ministre.

Que leur avons-nous fait ? On pue des pieds ? On est trop cons pour avoir un avis ?

On n'est pas trop cons pour voter. Nous sommes 60 à 70 000 à travailler en psychiatrie !

Il y a plus de 500 000 infirmières en France, ça devrait commencer à compter, non ?  

D.F.

 

 

Serpsy ne leur dit pas merci !

Serpsy ne leur dit pas merci

Le syndicat des psychiatres des hôpitaux dit non au regard des soignants

 

Une note APM nous apprend que les SPH, syndicat des psychiatres des hôpitaux, a jugé  insuffisantes les modifications apportées au Sénat sur le projet de loi créant les soins sans consentement en psychiatrie.   Le projet de loi a été adopté vendredi en première lecture au Sénat (cf dépêche APM HMOED008). La deuxième lecture est prévue à l'Assemblée nationale entre mardi 24 et jeudi 26 mai, avec un vote solennel mardi 31 mai, et au Sénat mercredi 15 et jeudi 16 juin.

Le projet de loi reste "un tripode boiteux du côté médical" ne donnant qu'un rôle limité au psychiatre, estime le SPH. Une fois le patient hospitalisé, le psychiatre "est simplement chargé de proposer ce que les autorités ne peuvent refuser". "Ses avis qui ne sont même plus des certificats doivent être confirmés par ceux d'un deuxième psychiatre, voire par celui, au sein d'un collège, d'un troisième soignant qui n'a pas même à être médecin. S'il détermine un programme de soins ambulatoires, il doit le faire selon un contenu fixé par la loi et transmis au préfet."

Si nous pouvons adhérer aux critiques formulées par ce syndicat de psychiatres dont nous respectons habituellement les prises de position, nous trouvons choquant ce "d'un troisième soignant qui n'a pas même à être médecin". Oui l'infirmier a un regard différent de celui du psychiatre. Et c'est tant mieux. On peut parler à l'infini d'équipe mais l'équipe, semble-t-il, pour le SPH, c'est d'abord le psychiatre. Ca me fait mal aux tripes de devoir être en accord avec le ministre. L'équipe infirmière a son mot à dire ne serait-ce que parce qu'elle est confrontée au quotidien avec les patients. Dans la plupart des cas, son avis ne devrait pas être très différent de celui du médecin, ne travaillent-ils pas ensemble. Dans un certain nombre de cas (psychiatre absent, irrespectueux, sourd aux plaintes de l'équipe), il y aura des désaccords. Tant mieux, au moins ce psychiatre devra parler avec les soignants de l'équipe !!!!

D.F.    

Les journées de Laragne à Gap " lien de vie, lieu de soins"

Je suis jeune DE, je suis bien contente d’avoir vue et entendue l’un des pères de la psychothérapie institutionnelle, Mr Oury. Malgré son âge avancé, il ne perd rien de sa révolte et de ses idéaux. C’est un bel espoir qu’il est important de continuer à diffuser, à faire connaître à tout le monde. C’est faire savoir que ça existe encore. Pour moi c’est un outil, une dynamique où chacun à sa place. C’est donner de l’utilité et de la valeur à un individu connu le plus souvent sous l’étiquette « psychotique ». Le congrès a mis en avant un large panel de possibilité de continuité de soin et de vie : des familles d’accueil dont le témoignage était très émouvant, un atelier thérapeutique extra muros et dans la ville proposant de la menuiserie et de la reliure, des familles gouvernantes, On sent le désir de désinstitutionnaliser les patients. Plusieurs intervenants ont exposé le rôle et la valeur de la famille dans la prise en charge et un travail de complémentarité avec les équipes soignantes au centre de celle-ci. Un bémol est à noter en ce qui concerne la prise de parole de l’ensemble de l’auditoire. La parole était monopolisée surtout par les psychiatres ou remise à plus tard par fermeture de la séance ! A noter la présence d’usager, de patients, de familles, chose dont je n’avais pas l’habitude en tant que soignante mais qui me paraît indispensable en l’ayant vécu. Je sens des regrets dans les discours concernant l’avènement de la bureaucratie et le démantèlement du soin en tant que tel, peu de solutions apportées ou débattues. C’est dommage car c’est un débat de fond qui a fait bouillir plus d’un dans la salle ! Le décalage est là , flagrant entre ce que l’on vit, nous travaillant en institutions , et les théories des psychothérapeutes institutionnels présents. Claire Perrin, infirmière à Montperrin

Quel bonheur !

Quel bonheur !

Sud Barbie nous invite à commencer l’année en beauté en imaginant la matinée de travail de ses rêves.  Votre cadre (ou votre médecin ou votre directeur des soins) est une gentille fée dont la baguette magique vous permet de réaliser la matinée, l’après-midi ou la nuit de vos rêves. Racontez !

Commençons l’année en ne nous plaignant pas de nos conditions de travail, de l’absence de clinique, des médecins trop peu présents, des patients pas assez … patients, etc.

Du bonheur, rien que du bonheur !

A vos plumes les p’tits loups !


Quel bonheur !



6 H : Super ce matin, on est nombreux, je travaille avec 3 collègues infirmiers, une aide-soignante et une ASH. C’est l’équipe de choc ce matin, trop cool !!

Enfin, aujourd’hui, on pourra aller faire le vestiaire de Charly, notre bon «chronique » qui va se reposer 1 mois en « postcure » dans 2 semaines. Et si mes deux collègues infirmiers ne sont pas appelés pour une « urgence », alors on pourra aussi passer du temps avec les patients, se poser dans le jardin, faire un ping-pong ou une partie de belote pour approcher différemment l’Autre, l’écouter ou plus simplement : tenter de l’apprivoiser!

 
Mais au fait, il me reste des œufs et de la farine, cherchons des pommes, j’en connais qui vont se régaler à la préparer et surtout la manger. La dernière fois, on avait programmé un repas amélioré sur le thème de l’Italie : lasagne, tiramisu et surtout et surtout les patients avaient tout fait : courses, prépa du repas, prépa de la déco de table et service à table. Ils étaient si fiers de servir les autres, la cadre et le médecin chef à la même table, de voir que ce dernier les avait félicités d’avoir si bien « travaillé » en se levant et en les remerciant !


6 H 30 : Aldo, un patient en sortie d’essai, appelle mon collègue Robert et lui demande de l’aide, il n’a pas dormi et se sent « persécuté », il a mis un couteau sous son oreiller et refuse de sortir de chez lui ! L’alcool depuis son adolescence l’a énormément « abimé ».


Arnaud, son référent, décide d’aller le voir ce matin après le petit déjeuner, heure d’arrivée du médecin , celui-ci le connait bien et proposera certainement au collègue d’hospitaliser Aldo , ils iront sûrement ensemble le voir, çà rassure les patients de voir son équipe référente.
D’ailleurs, nous travaillons toujours en binôme infirmier/médecin !


8 H : Nous avons fini les toilettes, on s’est débrouillé pour les faire à 2 car Mr Alfonse est bien trop lourd : il faut le porter, son importante polynévrite l’empêche de se tenir debout et il chute souvent !


8 H 30 : La cadre arrive avec les croissants, elle sait que nous sommes «fatigués » en ce moment, histoire de nous « réconforter » !


9 H : Arrivée des médecins et quelle heureuse surprise, notre chère faisant fonction d’Interne a réussi son examen, elle peut désormais envisager son séjour en France plus sereinement et continuer à travailler chez nous, quel bonheur ! Ses compétences cliniques, son contact agréable et empathique ainsi que ses grandes qualités humaines en font un médecin avec qui on rêve de travailler !


9 h 30 : Arnaud et le Dr Moisaoul vont voir Aldo chez lui, ils le ramèneront sans aucun doute !


Pendant ce temps, débriefing avec l’autre médecin, Dr Mesquine, elle décide de parler d’Aldo ce midi lors de la réunion clinique, les échanges sont parfois « houleux » mais cela nous permet d’avancer et je suis sûre que le fait d’en parler et de réaliser son projet de soin lui permettra déjà d’aller beaucoup mieux ! Se pencher sur la clinique permet de prendre du recul par rapport à notre ressenti et de se pencher sur notre observation clinique !


10 H : Opération « Tarte aux pommes » : Inès et Sylviane sont deux patientes toujours désireuses de s’occuper et faire plaisir aux autres, elles s’affairent en cuisine !! Elles blaguent, chantent et se moquent de moi qui me suis légèrement coupée le doigt en épluchant une pomme ! Ca leur permet pendant ce temps d’activité de penser à autre chose que l’abandon, le viol et les tortures infligées durant leur enfance !


11 H : Robert est encore au jardin, il fait « la belle » au Ping-pong avec notre entrant d’hier soir !, il semble se détendre.


11 H 30 : Les patients préparent les tables pour le repas pendant que je retranscris mes comptes-rendus journaliers dans les dossiers.
Arnaud et le médecin rentrent avec Aldo, ils l’ont ramené, le patient leur a même offert un café, rassuré de se sentir « entouré » de personnes en qui il a confiance !


13 H : La relève. Hum l’odeur du café me fait oublier les aléas de la matinée ! Je fais la relève aux collègues en me disant que c’était une bonne journée de travail !!



BIP BIP BIP……………………………………………….


5 H 20 au réveil : qu’est ce qui se passe, ai-je rêvé ?????????????
Je réalise où je suis et alors oui j’en suis sûre !

SUD Barbie

Isolement

On parle de chambre d'isolement, de chambre de réflexion, de soins intensifs, etc. Existe-t-il des normes quant à ces espaces fermés.

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