Monsieur Juby

Monsieur JUBY

 

Il était la terreur de tout le village. Artisan forgeron au centre du petit patelin rural, il n'avait peut-être pas beaucoup de clients, un méconnu en somme. C'était peut-être un génie -du genre Calder- seulement en avance sur l'horaire.

Il avait déjà été interné, aussi était-il méfiant. La vieille voiture de cette époque, si elle existait encore, figurerait dignement au Musée des Antiquités.

Le chauffeur, tenue de livraie de grande maison, le Surveillant-Chef, les infirmiers costauds, tous en civil, se présentent à lui.

"Monsieur Juby ?

- Moi-même, vous ne venez pas m'arrêter, par hasard ?

- Oh, mais non ! C'est pour le journal, un reportage sur vos inventions

- Alors, d'accord, entrez."

Atelier de forge, barres de fer, fers à chevaux, soufflet de forge, tables d'acier, traiteaux -là, il lève la lourde masse et frappe l'enclume d'un large mouvement rythmé, une barre de fer est chauffée à blanc et une belle pluie d'étincelles jaillit sous le marteau.

Et enfin la visite se termine par un verre de rouge servi sur l'établi.

"Pour publier cet article sur vos travaux, il faut que vous veniez avec nous au journal voir le Directeur.

- Bon d'accord, je viens avec vous."

Et, c'est dans cette cellule sans meuble qu'il m'a conté cette histoire et aussi quelques autres. Par exemple qu'il est facile de casser ce carreau, glace de 15X15X1, 1 cm, sans le moindre outillage, simplement en frappant au centre avec le poing.

 

 

Edgar Beaufils nous livre là une ruse de métier qui prend la forme d'une véritable mise en scène. Bien sûr, à l'époque, l'hospitalisation libre n'existe pas. Ruse et/ou tromperie ? M. Juby est certes hospitalisé, interné disait-on à l'époque, mais qu'en est-il du soin ? A méditer ...  

 

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