Analyse d'accidents

Analyse d'accidents en psychiatrie et propositions pour les éviter

 

Ce 31 mai, Françoise Lalande et Carole Lépine, tous deux inspecteurs de l'IGAS ont mis en ligne, un rapport dont le titre est "Analyse d'accidents en psychiatrie et propositions pour les éviter". De nombreux opposants au projet de loi sur les "personnes faisant l'objet de soins psychiatriques" ont trouvé troublant qu'il sorte au moment même où cette loi est débattue, où elle arrive en fin de parcours parlementaire. La coincidence est effectivement étonnante. Tout comme la façon de présenter ce rapport qui ne peut que heurter ses lecteurs soignants et le grand public avide de sensations fortes et prêt à trembler à l'idée que les fous sont lâchés dans la rue.

Nous pourrions avoir l'idée que ces inspecteurs de l'IGAS sont des professionnels objectifs. Qu'en aucun cas, ils ne cèderaient à la tentation toujours présente (j'imagine) de sacrifier au sensationnel. Ce rapport bat en brèche cette idée toute faite. Je ne parle pas du contenu mais de la forme.

Lisons par exemple le sommaire. Les différentes sous-parties sont énoncées sous forme de propositions toutes négatives. On a la sensation d'un catalogue d'erreurs, d'à-peu-près, d'horreurs toutes imputables, évidemment, aux professionnels. Pour le journaliste qui n'a pas le temps de lire les 133 pages du rapport et ses annexes, pas besoin d'aller plus loin. Tout est dit.

Le projet est clair, il s'agit de choquer. Surprise ! On ne s'attend pas à ce que des professionnels tels que ceux de l'IGAS s'amusent à ce genre de facéties qui vont, curieusement, toutes dans le même sens. On ne contrôle rien en psychiatrie, les malades dangereux sortent comme ils veulent. Au secours ! Le seul point positif dans le sommaire, ce sont les 66 propositions faites par les rapporteurs, étonnant, non ? Comme vous n'êtes pas obligés de me croire sur parole, je vous livre quelques-unes de ces propositions :

- les viols et les agressions sexuelles à l'intérieur des établissements ne sont pas des phénomènes exceptionnels,

- la maltraitance physique, dans des unités isolées, reste souvent cachée pendant des années  

- dans la majorité des cas, les fugues n'ont pour conséquence qu'une rupture thérapeutique mais plusieurs décès se produisent chaque année

- le désoeuvrement des malades suscite un ennui néfaste.

Chaque phrase prise isolément, peut être juste, ici ou là. J'insite bien que l'ensemble du sommaire est conçu sur ce modèle. Leur accumulation produit un effet particulier, forcément voulu par les auteurs. Ce qui est beau, c'est qu'ils parviennent à ce remarquable résultat par l'analyse de 19 accidents. Quel talent !

Je dois l'avouer, avant de donner un titre à cette page de blog, j'ai longuement hésité. j'ai pensé à "Les inspecteurs de l'IGAS, s'ils sont parfois objectifs n'hésitent pas à se mettre au service du pouvoir politique.", Les inspecteurs de l'IGAS compensent la faiblesse de leur échantillon par l'accumulation des propositions", "Il n'est pas exceptionnel que les inspecteurs de l'Igas manipulent l'opinion". J'aurais conclu par 66 propositions pour réformer l'IGAS. J'ai préféré répondre par l'analyse. Jusqu'ici j'accordais un certain crédit aux inspections de l'IGAS, ce n'est plus tout à fait le cas même si ce rapport vaut mieux que le papier qui l'emballe.

(A suivre !)

Dominique Friard   

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