Avertissement méthodologique

Avertissement méthodologique

 

A quoi sert donc la méthodologie ?

Est-ce une simple précaution oratoire ? L'équivalent de "Toute ressemblance avec une situation observée ne pourrait être que fortuite" ? La manifestation d'une rigueur qui donne son prix et son intérêt au travail présenté ? Une description très précise qui garantit que tout opérateur qui effectuerait l'enquête avec les mêmes contraintes parviendrait aux mêmes résultats ? 

A lire les commentaires sur le rapport de l'Igas, il semble bien que la méthodologie ne soit qu'une précaution inutile. Avant d'entrer dans le vif du sujet, après l'introduction (je rajouterais presque en bas à gauche), les rapporteures ont nuancé les propos qu'elles s'apprêtent à tenir.

Lisons ces commentaires qui sont tout à fait honnêtes mais peu accessibles au journaliste moyen.

Le rapport présente donc une analyse des accidents en psychiatrie. "Les inspectrices invitent le lecteur à tenir compte de plusieurs précautions méthodologiques, avant d'entamer la lecture."

Petit "1" La mission est consciente que la psychiatrie ne peut pas être regardée uniquement au travers des accidents, de la violence, de l'insécurité." Bon sang, mais pourquoi, aucun journaliste ne l'a précisé ? Seraient-ils tous aux ordres ? Considèrent-ils, au contraire, que la psychiatrie, justement c'est ça : de la violence, de l'insécurité, des accidents ? Poursuivons : "Inversement, il n'est pas possible d'ignorer l'existence de ces accidents." Je veux mon neveu. D'ailleurs, nous l'avions dit et écrit lors de la mort de Geneviève à Saint-Etienne et répété lors de celle de Mohamed lors des élections présidentielles qui virent Chirac être réélu président. En ce temps-là, quand il y avait mort d'homme en psychiatrie, nul n'en parlait. Nous le regrettions, nous avions manifestement tort. "Agir comme s'ils n'existaient pas, expose à les voir sans cesse se répéter et empirer." Ca résonne comme une évidence mais ce n'est pas sûr. Il y a une différence entre agir et faire comme s'ils n'existaient pas et se rouler dedans, s'en délecter. L'image dans la psychose a un certain impact que n'ont pas les mots. A présenter les psychotiques comme s'ils étaient intrinsèquement violents induit, par mimétisme, une répétition et peut-être même une aggravation des accidents. En parler oui, y réfléchir oui, analyser ce qui s'est passé oui, en tirer des expériences oui, modifier ce qui peut l'être oui, s'en servir pour grapiller des voix au Front National, non. 

Petit "2" : "De part leurs fonctions, les services d'inspection en général, et l'IGAS en particulier, voient plus souvent des services qui fonctionnent mal que ceux qui fonctionnent bien." Il n'y a absolument rien à redire à cela. On ne peut généraliser à partir de ces services qui fonctionnent mal. C'est comme si les juges qui traquent la corruption des hommes politiques en déduisaient que tous les hommes politiques sont corrompus, ou que les flics de l'ancienne brigade des moeurs affirmaient que toutes les femmes sont des prostituées. "La proportion de chacune de ces catégories n'est pas connue." Y'a-t-il plus d'hommes politiques corrompus que de services de psychiatrie qui fonctionnent mal ? Bien malin qui pourrait répondre. 

Petit "3" "L'ensemble des accidents présentés en première partie ne forment pas un échantillon représentatif. Il n'est donc pas possible, à partir de quelques cas, de tirer des statistiques permettant de généraliser ces constats à l'ensemble des accidents en psychiatrie".  Effectivement, 19 accidents en 5 ans ne permettent pas de généraliser. Quel dommage que les journalistes n'aient pas lu ce passage central qui conditionne tout ce que nous allons lire. Il s'agit d'un point de vue qui a la même valeur statistique que ce pourrait analyser un infirmier au terme d'une carrière. On ne peut évidemment pas le savoir, les infirmiers ceux qui se coltinent la violence et l'insécurité et qui persistent à rester soignants (à l'exception d'un cadre et d'un ou deux cadres-supérieurs) n'ont pas eu à s'exprimer sur cette question.

Petit "4". "L'ensemble des établissements qui ont fait l'objet d'une enquête à la suite d'un accident ne représentent pas non plus un échantillon représentatif. Par ailleurs, ces enquêtes ayant eu lieu au cours des cinq dernières années, les mauvaises pratiques ou les dysfonctionnements qui ont été relevés dans ces établissements à la date de l'enquête ont pu être corrigées depuis ou en passe de l'être." De quoi parle-t-on alors ? D'une insécurité possible, probable, de dysfonctionnements passés ? Quelle peut donc être la valeur de ce rapport ?

Petit "5". "En contrepoint des défaillances relevées dans plusieurs établissements, et pour bien montrer que tous les établissements de santé mentale ne dysfonctionnent pas, la mission cite pour exemple les bonnes pratiques et les données qu'elle a relevé dans trois établissements à l'occasion d'un déplacement (C.H. Henri Laborit, CH Sainte Anne, EPSM Lille Métropole). Ces trois établissements ne représentent pas non plus un échantillon représentatif de l'ensemble des établissements en psychiatrie." C'est très juste, ce n'est pas parce que certains prêtres sont des saints qu'il n'existe pas de prêtres pédophiles. Ce contrepoint serait convaincant si les trois établissements cités apparaissaient dans le sommaire, ou dans la synthèse proposée aux journalistes.

Petit "6". "Dans la seconde (sic) et la troisième partie, la mission a enrichi son analyse des facteurs de risque par des données nationales et les résultats de plusieurs études nationales et internationales. Les ressources biblilographiques sont citées en bas de page et son reprises à la fin du rapport."  Selon quels crières ces études ont-elles été choisies, quelles en sont les limites ? L'avertissement méthodologique s'arrête là.

Que l'Igas fasse  une enquête à partir des 19 accidents qu'elle a eu à traiter en cinq ans, qui y verrait quelque chose à redire ? Les éléments rapportés peuvent être tout à fait intéressants. Ils peuvent être comparés avec d'autres et enrichir notre compréhension de ces accidents. Qu'à partir de ces 19 accidents elle énonce ce qui nous est vendu comme la vérité de l'insécurité en psychiatrie, le bouchon est poussé un peu loin. Qu'elle propose 66 propositions d'amélioration mérite pour le moins qu'on aille y voir de plus près, ce que nous ferons ces prochains jours.

 

D. Friard  

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